es ist noch nicht alles verloren

Dans la gare de Wuppertal, on peut lire au-dessus de la porte du service des objets perdus l’inscription « es ist noch nicht alles verloren ! » (tout n’est pas encore perdu !) C’est avec cette maxime à l’esprit que nous travaillons à la programmation du Klarafestival 2021 en cette période pour le moins compliquée. À l’heure actuelle, plusieurs scénarios sont examinés. Nous pouvons toutefois déjà vous garantir que nous mettrons à l’honneur les artistes belges. Nous espérons pouvoir vous proposer une expérience intense en direct et dans le respect des règles sanitaires, mais nous savons que rien n’est encore sûr. C’est pourquoi nous souhaitons jouer la carte de l’innovation numérique.

L’édition précédente du Klarafestival, réduite à un seul jour, a marqué le début d’une période particulièrement chamboulée. Notre image de nous-mêmes, façonnée par le mouvement des Lumières – qui veut que l’homme est un être rationnel, distinct du reste de la nature, privilégié et libre – en a pris un sacré coup. Nous avons été replacés dans la nature comme un organisme sensible aux facteurs environnementaux, totalement dépendant et indissociablement lié à ce grand ensemble qu’est la nature. Mauvaise nouvelle pour la vanité humaine, comme disait l’écrivain Philipp Blom à propos de la pandémie du coronavirus. Mais il s’agit peut-être aussi d’une expérience partagée, d’une caisse de résonance commune susceptible de constituer le terreau d’un nouveau type de comportement.

Seule une crise – réelle ou perçue comme telle – engendre un réel changement.
milton friedman

La crise comme opportunité

« Seule une crise – réelle ou perçue comme telle – engendre un réel changement », tel était l’adage de l’économiste américain Milton Friedman. Et en effet, nombreux sont ceux qui ont vécu le premier confinement comme une pause arrivant à point nommé, une période de réflexion, le temps d’un bilan et du questionnement de notre mode de vie. Cette période de ressourcement a d’ailleurs souvent débouché sur d’importants choix de vie.


Le Klarafestival a lui aussi connu une période de réflexion intense. Quelle sera notre direction au cours des prochaines années ? Comment pouvons-nous faire en sorte que tant les musiciens que la scène et le public présent dans la salle constituent davantage encore un reflet de notre société ? Par quels types de projets souhaitons-nous nous identifier ? Et le plus important peut-être : que pouvons-nous faire pour toutes ces personnes qui n’ont pas le luxe de pouvoir réfléchir et doivent lutter pour survivre ?


Une société en évolution

La citation de Friedman ne concerne cependant pas uniquement les individus et organisations, mais avant tout la société dans son ensemble. L’histoire récente foisonne d’exemples de moments de crise ayant entraîné d’importants changements sociétaux.


Dans son ouvrage The Shock Doctrine, la philosophe, activiste et publiciste canadienne Naomi Klein analyse comment Margaret Thatcher n’a obtenu le soutien nécessaire à son programme néolibéral qu’après la victoire britannique lors de la guerre des Malouines ; comment les attaques des tours jumelles ont mené à la politique de sécurité américaine actuelle ; et comment la transformation du littoral du Sri Lanka en un paradis touristique n’a réellement été entamée qu’après le tsunami de 2004 – les pêcheurs locaux étant alors contraints de reconstruire leurs maisons plus loin à l’intérieur des terres.


Selon l’analyse de Naomi Klein, le vide démocratique suivant généralement une crise majeure est trop souvent exploité pour faire passer des mesures sensibles vis-à-vis de l’opinion publique. Selon elle, nous devons aujourd’hui craindre entre autres une plus grande réduction de la sphère publique, le détricotage de notre état-providence et un avenir « sans contact », extrêmement lucratif pour une poignée d’entreprises seulement.


Il est de la responsabilité des citoyens de veiller à ce que les crises nous propulsent, non pas en arrière, mais bien en avant, et de façon collective. Les événements culturels comme le Klarafestival peuvent provoquer d’importantes impulsions dans le débat public : laisser s’exprimer des voix qui ne seraient pas entendues dans d’autres contextes, enrichir le débat intellectuel par des expériences sensorielles et, par la valorisation et la transformation de notre patrimoine artistique, nous rappeler que les émotions que nous vivons aujourd’hui ont déjà été ressenties par le passé.

Le vide démocratique suivant généralement une crise majeure est trop souvent exploité pour faire passer des mesures sensibles vis-à-vis de l’opinion publique.
naomi klein

Aborder à la fois la crise du coronavirus et la crise climatique

« Es ist noch nicht alles verloren » ne fait pas uniquement référence à la crise sanitaire actuelle, mais également et surtout à la crise climatique que nous traversons aujourd’hui. Le retour à l’attention et au souci de notre cadre de vie est un élément indispensable d’une société durable. La musique a le pouvoir de renforcer ce lien avec la nature. En effet, les compositions ne sont souvent rien d’autre que la conséquence d’une observation de la nature, comme la tentative d’évoquer en musique le lever du soleil ou la traduction musicale du bruissement du vent.


Lors de la préparation du Klarafestival 2021 le premier mot qui nous est venu à l’esprit est « réunir », car finalement, nous, êtres humains, sommes tous dans le même bateau, et seuls les efforts collectifs peuvent apporter une solution, tant à la crise sanitaire qu’au réchauffement climatique. Le partage d’expériences, sublimées ou non par la littérature ou la musique, peut s’avérer cathartique, apporter le réconfort, l’espoir et qui sait, peut-être même des solutions. Un deuxième mot qui a progressivement émergé, par l’observation des énormes efforts collectifs dont nous sommes capables et de l’incroyable créativité de l’être humain, est le mot « résilience ».  En effet, les êtres humains sont capables de s’organiser et donc de faire face aux problèmes les plus complexes.

À quoi ressemblera le Klarafestival 2021 ?

Avec tout l’optimisme du monde, on ne peut nier que l’année qui s’est écoulée a provoqué des blessures inédites. Notre liberté individuelle a été restreinte et de nombreuses personnes ont été confrontées de différentes manières à la perte ou l’absence d’êtres chers. C’est pourquoi nous voulons que l’édition 2021 soit avant tout un événement libérateur et réconfortant. La musique a le pouvoir de réconforter, d’apporter l’espoir là où l’obscurité s’est installée. Ensuite, par la sélection de répertoires et d’artistes spécifiques, nous souhaitons accorder une attention particulière à la relation de l’être humain avec son environnement.


Le festival se prépare... Mais il est encore trop tôt pour vous communiquer un programme précis. Avec des partenaires fidèles comme Klara BOZAR, Flagey, deSingel et le Concertgebouw de Bruges, nous prévoyons une série de concerts à partir de la mi-mars. Nous développons de nouvelles collaborations, entre autres dans la commune bruxelloise de Molenbeek, et proposerons également une grande partie notre programme en ligne sous le titre « From our festival to your house ». Nos partenaires habituels comme le Belgian National Orchestra, le Brussels Philharmonic, B’Rock et Ictus, ont développé avec nous des projets plus passionnants que jamais, justement parce qu’il est impératif de pouvoir réagir rapidement aux évolutions permanentes de la situation. Le Klarafestival invite également les jeunes talents : vous pourrez découvrir de nouveaux ensembles, des compositions commandées par le festival, et une collaboration avec Muntpunt et le Passa Porta Festival nous offrira d’exceptionnels projets hybrides.

 

Nous vous communiquerons le programme dès que possible. Restez brancher.