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Le Klarafestival 2021: the digital experience démarrera dans très peu de temps. Cette année, c’est le festival qui vient à vous.

interview shuang zou et wim henderickx

Le Muziektheater Transparant et B’Rock inaugurent le Klarafestival 2021 avec Songs of Nature, une nouvelle interprétation des neuf arias allemandes de Händel

Le 13 mars, le Muziektheater Transparant inaugure la toute première édition en ligne du Klarafestival. La metteuse en scène de théâtre et d’opéra chinoise Shuang Zou et le compositeur en résidence Wim Henderickx combinent de façon originale les Neun deutsche Arien de Händel, rarement interprétés, à de nouvelles compositions contemporaines. L’orchestre baroque gantois B’Rock et la soprano belge Ilse Eerens assurent l’interprétation musicale.

 

Dépendants de la nature

Le Klarafestival s’est inspiré d’une inscription figurant au-dessus de la porte du service des objets perdus de la gare de Wuppertal, en Allemagne : « es ist noch nicht alles verloren ! » (« tout n’est pas encore perdu ! ») En outre le festival se concentre sur la relation entre l’humain et son environnement. L’image de l’humain comme être rationnel, distinct du reste de la nature, a pris un sacré coup avec la crise du coronavirus. « Nous sommes et restons dépendants de la nature, et la musique a le pouvoir de resserrer ou de renforcer ce lien. »

Hendrik Storme (maintenant directeur de deSingel, anciennement de B’Rock et du Klarafestival) a commandé à Wim Henderickx il y a quelques années la composition d’une pièce contemporaine en complément des Neun deutsche Arien de Händel. Celle-ci est devenue la base du spectacle Songs of Nature. Composée l’année passée, l’équipe de production internationale inclut la metteuse en scène chinoise Shuang Zou, le réalisateur italien Marco Devetak et le scénographe australien Dan Porta. L’équipe au complet a répété en mars 2020 à Borgerhout, berceau du Muziektheater Transparant. Une semaine plus tard, notre pays entrait en confinement. Récemment, Joost Fonteyne, actuel directeur du Klarafestival, et BOZAR, ont décidé d’inaugurer le Klarafestival 2021 en ligne avec Songs of Nature.

 

Zoom

Le 12 février 2021, nous avons eu une réunion par zoom avec Shuang, qui se connecte depuis Pékin, et Wim depuis Anvers. Il s’avère que c’est le premier jour de l’année du Bœuf, nous raconte Shuang tandis que nous faisons connaissance. « Hier, nous avons célébré le Nouvel An chinois. C’est un peu comme Noël chez vous, nous nous réunissons en famille et faisons le décompte avant minuit. » Elle nous dit qu’entre-temps, tout est plus ou moins revenu à la normale en Chine, en dehors du fait qu’ils ne peuvent plus entrer ou sortir de la capitale sans avoir effectué de test PCR. Les voyages internationaux ne sont pas non plus autorisés, ce qui rend le processus de production de Songs of Nature beaucoup plus compliqué.

Shuang : « Je ne peux pas obtenir de visa car les ambassades sont fermées. J’ai une green card pour le Royaume-Uni, mais pas pour l’Europe. Dans le sens inverse également, aucun voyageur étranger ne peut entrer en Chine. C’est donc une période compliquée pour notre projet. Cette omniprésence du numérique me rend nerveuse. Mettre en scène cette pièce par zoom sera vraiment une nouveauté pour moi. Je ne pourrai malheureusement pas assister à la répétition générale ni à la première. Hier encore, j’ai fait un mauvais rêve dans lequel aucun des musiciens ne me connaissait, parce que j’étais un personnage virtuel, » dit-elle en riant de bon cœur. « J’ai vu que tu dois parfois répéter jusque minuit, » lui demande Wim, surpris. « C’est vrai, » répond Shuang, « à Pékin, nous sommes 7 heures en avance sur la Belgique, donc quand les répétitions commencent à 10h, il est déjà 17h chez nous. Pour l’Australie, il faut encore ajouter deux heures de décalage, donc il y a des moments où ça commence à faire tard… » 

La voix de dieu et l’industrialisation

Cette organisation pratique illustre la complexité de la situation actuelle à l’échelle mondiale. Mais malgré tous les rebondissements qu’a connu le projet jusqu’à présent, tous deux sont impressionnés de constater à quel point le spectacle reste actuel. Shuang : « Le 18 janvier 2019, je marchais dans les rues de Bruxelles et j’ai été surprise par un groupe de jeunes manifestants exigeant des mesures contre le réchauffement climatique. J’en avais déjà entendu parler à la radio et la télévision, et pourtant, cet événement m’a vraiment émue. J’ai voulu m’en inspirer pour cette pièce. » Shuang a donc écrit une prémisse pour la soprano, qui devient le personnage principal de ce « one woman show » : J’ai imaginé que cette femme, une enseignante ou une activiste, organisait la manifestation d’enfants. À un moment donné, elle court se réfugier à l’intérieur pour se protéger de la pluie. Elle retournera peut-être dans la rue quelques minutes plus tard, mais à présent, elle est intriguée par la pièce dans laquelle elle est entrée. Elle est calme et paisible, malgré les déchets déposés ici et là. Elle découvre des plantes cachées dans la pièce et dans le réfrigérateur laissé sur place. Dans une scène suivante, elle change de rôle et se comporte comme la personne qui a vécu dans cet espace. Elle s’occupe des plantes et cultive un jardin. Le réfrigérateur, symbole de notre monde industrialisé avec une surabondance de nourriture congelée, et du combat de l’homme contre l’œuvre du temps, par exemple avec le botox, lui envoie des messages. Au départ, ces messages sont agréables et séduisants, mais la femme se prend à son propre piège et finit dans l’horreur, avalée par le néant. Une référence au principe bouddhiste selon lequel « la vacuité est la nature ultime des choses ». « Il faut encore voir comment concrétiser ça », dit Shuang en riant. À côté du réfrigérateur, on peut voir sur la scène un écran, une fenêtre nous permettant de voir le monde extérieur et le monde intérieur de la femme. La fenêtre a un rôle prémonitoire et laisse finalement beaucoup de questions sans réponses. « C’est en quelque sorte la voix de Dieu », explique la metteuse en scène. À la fin du spectacle, qui dure un peu plus d’une heure, on ne sait pas vraiment combien de temps la femme a passé dans cette pièce. Des semaines, des années, ou peut-être même toute sa vie. Shuang : « Il y a beaucoup d’humanité et de vitalité dans la musique de Händel. C’est pourquoi je voulais faire vivre au personnage principal un voyage psychologique qui lui permette d’apprendre sur lui-même. Tout comme dans la vraie vie. Nous nous dirigeons tous vers la même fin, mais nous parvenons progressivement à une compréhension des choses. »

 

Une perspective différente

Shuang voulait montrer cette humanité dans le décor ordinaire d’une sorte de pièce d’habitation avec un réfrigérateur et une fenêtre. « Je me rappelle encore des premiers croquis que je t’ai envoyés », concède Wim. « Je me souviens que je trouvais ça un peu bizarre au départ. Mais plus on avance, plus je suis convaincu que c’est justement le contraste entre ce décor ordinaire et ma musique qui interpellera le public. C’est précisément cette approche différente que je trouve si intéressante chez Shuang, qui fait qu’elle propose une toute autre interprétation artistique que les metteurs en scène occidentaux que je connais. »

C’est précisément cette approche différente que je trouve si intéressante chez Shuang, qui fait qu’elle propose une toute autre interprétation artistique que les metteurs en scène occidentaux que je connais.
wim henderickx

Dialogue

Shuang : « Wim est très diversifié dans ses styles de musique. Il connaissait énormément de choses sur la musique d’Extrême-Orient, plus que moi-même. Il est allé au Népal, il a découvert la musique soufie indienne. Lorsque j’ai vu Revelations lors du Klarafestival 2017, j’ai été surprise d’entendre à quel point cette musique sonnait comme de la musique orientale. Je me suis rendu compte que je voulais en connaître davantage sur mes propres racines. Un an plus tard, je me suis moi-même rendue au Népal et j’ai découvert le bouddhisme. Lorsque nous nous sommes revus en Belgique, il m’a convaincue de faire dialoguer la culture religieuse occidentale de Händel avec la culture bouddhiste orientale. »

 

Quatre saisons

Wim : « Pour moi, la nature est liée à la spiritualité. Quand je vais me promener, quand je médite, je sens une connexion intérieure. Elle m’apporte le calme. C’est cette spiritualité que je voulais intégrer. Lorsque Hendrik m’a demandé de créer une composition pour les chants de Händel, je dois avouer que je ne connaissais pas cette musique, il s’agit d’une de ses dernières pièces. Le lien entre musique de la renaissance et musique contemporaine est parfois plus évident, mais comment y parvenir avec le baroque ? Avec la matière de Shuang, j’ai rapidement compris qu’il ne fallait pas que je commente chacun des chants de Händel. Ça ne fonctionnait pas. Ce n’était pas respectueux, ni pour Händel, ni pour moi. Donc, lorsque nous avons réparti les chants en quatre sections, j’ai écrit quatre compositions comme complément d’un tout, plutôt que par rapport à chaque chant. Cela cadre avec des moments où le personnage principal effectue son voyage intérieur, recherche la transcendance, et peut-être même médite. Ce voyage peut se dérouler d’une manière paisible, ce qui correspond peut-être à notre image traditionnelle de la spiritualité, mais il peut aussi être synonyme d’ardeur, de passion ou de puissantes émotions. Je me suis à nouveau plongé dans la musique baroque et la musique de B’Rock. Je voulais revenir à l’intensité rythmique, mais également aux ornements de cette musique. Il y a beaucoup de liberté dans ce type de musique. J’ai également intégré ces éléments dans ma composition. Elle n’est donc pas totalement contemporaine, je crois qu’on peut y sentir la vibe baroque. Ce sont comme mes "quatre saisons" : Sweet silence (l’été), Into the darkness (l’automne), Into the light (le printemps) et Joy (l’hiver). Les titres de ces morceaux proviennent presque littéralement des poèmes mis en musique par Händel. Je puise également mon inspiration dans le travail avec d’autres types d’instruments. Les musiciens de B’Rock ont une sonorité spécifique qui m’intrigue en tant que compositeur. Celle-ci donne envie d’utiliser différemment le vibrato, de placer les accents autrement. Elle a également ses limites, comme c’est le cas par exemple du traverso du 18e siècle, qui offre moins de possibilités qu’une flûte traversière moderne. »

 

Terrain commun

Enfin, Wim Henderickx se demande comment le public percevra le spectacle en ligne. « L’expérience est-elle aussi forte que lors d’un spectacle live ? Quand je pense à ce que j’espère que le public ressentira, un seul mot me vient à l’esprit : introspection. » Shuang espère quant à elle qu’ils parviendront à créer avec cette pièce une sorte de « terrain commun » dans lequel le public se retrouvera. « Nous avons construit une histoire autour d’un personnage qui peut être de n’importe quelle couleur, de n’importe quelle culture ou religion. Nous avons donc créé une pièce dans laquelle n’importe qui pourrait entrer et constater à quel point nous nous ressemblons tous. Nous avions déjà cette idée avant la pandémie, mais elle se manifeste d’autant plus aujourd’hui. »

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