Mahler Blog
Video: Big First Night + Mozart Mozart Mozart!
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- on 08/09/10
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L’autre Alma
- posted by festival
- on 07/09/10
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Encore uniquement des étrangers... » soupire le guide touristique viennois. Nous sommes à peine 4 personnes à s’être présentées pour une visite de la ville sur le thème de Gustav Mahler et Karl Lueger. Les Viennois ne sont pas vraiment des passionnés de Mahler. Il n’y a pas non plus de statue de Mahler à Vienne, pas d’exposition permanente, uniquement le magnifique buste de Rodin à l’opéra et quelques lettres de Mahler et dessins d’Alfred Roller dans la collection permanente du musée du théâtre.
Par contre, il y a une statue de Karl Lueger et une partie de la Ringstrasse porte son nom. Il fut maire de Vienne de 1897 à 1910, donc pendant la période où Mahler travaillait à l’opéra. Mais Lueger n’allait pas à l’opéra, alors encore opéra de la cour, sous la coupe de l’empereur. Et le courant ne passait pas entre l’empereur et le maire. Lueger était un populiste conscient du fait que l’on pouvait remporter des élections en abordant les problèmes complexes avec des slogans simplistes et des boucs émissaires. Les Viennois n’appréciaient pas la présence de ces juifs venus des quatre coins de l’Empire. Le jeune peintre Adolf H., qui se promenait alors dans la ville, retint la leçon.
Lors d’un congrès consacré à Lueger, quelqu’un a demandé pourquoi la statue de Lueger à Vienne, réalisée par le sculpteur nazi Josef Müllner, n’avait pas encore été enlevée. La réponse fut très instructive : si l’on voulait bannir les antisémites de Vienne, il faudrait faire disparaître bien des personnalités historiques, statues et noms de lieux...
Ainsi, les peintures de Carl Moll, beau-père d’Alma Mahler, devraient elles aussi disparaître du Musée de Vienne et du Belvédère, car il s’agissait d’un nazi convaincu.
Il s’est tiré une balle dans la tête avec sa fille et son beau-fils dans sa villa sur la Hohe Warte en 1945, à la capitulation du Reich.
La réalité est complexe. En effet, le même Moll semble avoir été un homme de confiance pour son beau-fils juif Gustav Mahler. Il fit sculpter un buste par Rodin pour le 50ème anniversaire de Mahler, fut présent à son chevet, fit réaliser son masque mortuaire, fut parmi les premiers du cortège funèbre, la mine abattue...
Mais qu’en est-il d’Alma Mahler ? Sa mère, son beau-père et son entourage, y compris Max Burckhard du Burgtheater, lui inculquèrent la pensée antisémite.
C’est là que la réalité est excessivement complexe : la femme qui maria un juif à deux reprises (Franz Werfel était également juif) était en même temps antisémite... tout comme son second mari Walter Gropius (qui pouvait écrire des phrases comme « Les juifs, ce poison que je déteste de plus en plus chaque jour, nous détruisent. C’est le diable, l’élément négatif »). Manon Gropius avait également pour Alma Mahler une importance particulière, étant donné qu’elle était sa seule enfant de race pure... Et qui écrivit en 1903 : « Il est impossible d’imaginer pire engeance que le juif polonais issu de ces régions »...? Gustav Mahler lui-même. Un monde complexe, disais-je... Au cimetière de Grinzing, je me rends à nouveau auprès de la tombe de Mahler. Selon la tradition juive, le sommet de sa pierre tombale est parsemé de petites pierres.
Sur la tombe d’Alma Mahler, une allée plus loin, une seule pierre triangulaire : la pierre tombale de Manon Gropius.
Carl Moll repose également ici, mais je ne trouve pas sa tombe. Son nom ne figure pas non plus dans l’index des personnes importantes, affiché à l’entrée du cimetière.

Je me retrouve tout à coup devant la tombe de Justine Mahler, sœur de Gustav auprès de qui il trouva refuge à son mariage. Elle mourut lors des premiers mois de l’Anschluss. Son mari, le célèbre violoniste Arnold Rosé – juif également – réussit à s’enfuir. Leur fille Alma Rosé ne se trouve pas dans la tombe. Elle est morte à Auschwitz. Elle était également violoniste et jouait dans le Mädchenorchester von Auschwitz. Eduard Rosé, violoncelliste, frère d’Arnold et veuf de la sœur de Mahler, Emma, fut également déporté. Il mourut en 1943 à Theresienstadt.
Et je repense à ma stupéfaction, dans la maison viennoise de Sigmund Freud, lorsque je constatai, en parcourant son arbre généalogique, que ses sœurs âgées n’avaient pas fui comme lui, mais étaient mortes dans les camps.
Un bonheur morbide pour un malheur : en 1938, la plupart des juifs avaient depuis longtemps été chassés d’Autriche...
Gerrit Valckenaers
L’autre Alma
- posted by festival
- on 07/09/10
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« Encore uniquement des étrangers... » soupire le guide touristique viennois. Nous sommes à peine 4 personnes à s’être présentées pour une visite de la ville sur le thème de Gustav Mahler et Karl Lueger. Les Viennois ne sont pas vraiment des passionnés de Mahler. Il n’y a pas non plus de statue de Mahler à Vienne, pas d’exposition permanente, uniquement le magnifique buste de Rodin à l’opéra et quelques lettres de Mahler et dessins d’Alfred Roller dans la collection permanente du musée du théâtre.

Atelier de Rodin
Par contre, il y a une statue de Karl Lueger et une partie de la Ringstrasse porte son nom. Il fut maire de Vienne de 1897 à 1910, donc pendant la période où Mahler travaillait à l’opéra. Mais Lueger n’allait pas à l’opéra, alors encore opéra de la cour, sous la coupe de l’empereur. Et le courant ne passait pas entre l’empereur et le maire. Lueger était un populiste conscient du fait que l’on pouvait remporter des élections en abordant les problèmes complexes avec des slogans simplistes et des boucs émissaires. Les Viennois n’appréciaient pas la présence de ces juifs venus des quatre coins de l’Empire. Le jeune peintre Adolf H., qui se promenait alors dans la ville, retint la leçon.
Lors d’un congrès consacré à Lueger, quelqu’un a demandé pourquoi la statue de Lueger à Vienne, réalisée par le sculpteur nazi Josef Müllner, n’avait pas encore été enlevée. La réponse fut très instructive : si l’on voulait bannir les antisémites de Vienne, il faudrait faire disparaître bien des personnalités historiques, statues et noms de lieux...
Ainsi, les peintures de Carl Moll, beau-père d’Alma Mahler, devraient elles aussi disparaître du Musée de Vienne et du Belvédère, car il s’agissait d’un nazi convaincu.
Il s’est tiré une balle dans la tête avec sa fille et son beau-fils dans sa villa sur la Hohe Warte en 1945, à la capitulation du Reich.
La réalité est complexe. En effet, le même Moll semble avoir été un homme de confiance pour son beau-fils juif Gustav Mahler. Il fit sculpter un buste par Rodin pour le 50ème anniversaire de Mahler, fut présent à son chevet, fit réaliser son masque mortuaire, fut parmi les premiers du cortège funèbre, la mine abattue...
Mais qu’en est-il d’Alma Mahler ? Sa mère, son beau-père et son entourage, y compris Max Burckhard du Burgtheater, lui inculquèrent la pensée antisémite.
C’est là que la réalité est excessivement complexe : la femme qui maria un juif à deux reprises (Franz Werfel était également juif) était en même temps antisémite... tout comme son second mari Walter Gropius (qui pouvait écrire des phrases comme « Les juifs, ce poison que je déteste de plus en plus chaque jour, nous détruisent. C’est le diable, l’élément négatif »). Manon Gropius avait également pour Alma Mahler une importance particulière, étant donné qu’elle était sa seule enfant de race pure... Et qui écrivit en 1903 : « Il est impossible d’imaginer pire engeance que le juif polonais issu de ces régions »...? Gustav Mahler lui-même. Un monde complexe, disais-je... Au cimetière de Grinzing, je me rends à nouveau auprès de la tombe de Mahler. Selon la tradition juive, le sommet de sa pierre tombale est parsemé de petites pierres.
Sur la tombe d’Alma Mahler, une allée plus loin, une seule pierre triangulaire : la pierre tombale de Manon Gropius.
Carl Moll repose également ici, mais je ne trouve pas sa tombe. Son nom ne figure pas non plus dans l’index des personnes importantes, affiché à l’entrée du cimetière.

Je me retrouve tout à coup devant la tombe de Justine Mahler, sœur de Gustav auprès de qui il trouva refuge à son mariage. Elle mourut lors des premiers mois de l’Anschluss. Son mari, le célèbre violoniste Arnold Rosé – juif également – réussit à s’enfuir. Leur fille Alma Rosé ne se trouve pas dans la tombe. Elle est morte à Auschwitz. Elle était également violoniste et jouait dans le Mädchenorchester von Auschwitz. Eduard Rosé, violoncelliste, frère d’Arnold et veuf de la sœur de Mahler, Emma, fut également déporté. Il mourut en 1943 à Theresienstadt.
Et je repense à ma stupéfaction, dans la maison viennoise de Sigmund Freud, lorsque je constatai, en parcourant son arbre généalogique, que ses sœurs âgées n’avaient pas fui comme lui, mais étaient mortes dans les camps.
Un bonheur morbide pour un malheur : en 1938, la plupart des juifs avaient depuis longtemps été chassés d’Autriche...
Gerrit Valckenaers
Le coup dans l’eau
- posted by festival
- on 07/09/10
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L’une des grandes caractéristiques de la musique de Mahler réside dans son ton sarcastique et ironique. Jamais auparavant un compositeur n’avait mis autant de guillemets à sa musique, une musique qui ne se prend pas au sérieux, mais recèle d’impressionnantes faces cachées.
Bien sûr, il y a dans l’histoire de la musique des précédents de jeu raffiné s’appuyant sur des émotions authentiques et nuancées, comme dans « Cosi fan tutte » ou chez les assassins émouvants de Monteverdi, mais rien qui ressemble à une symphonie de Mahler, où une marche funèbre peut masquer la joie, et un petit air populaire dissimuler un profond désespoir. Chostakovitch et Schnittke n’ont fait que développer cette facette de Mahler, en ce compris sa manière de jongler avec les citations.
La première composition de Mahler, écrite à l’âge de six ans déjà, était une polka avec marche funèbre. Mahler est le champion de la musique sarcastique, dont la mélancolie tisse la toile de fond. Klezmer n’est jamais bien loin.
Le lied « Des Antonius von Padua Fischpredigt », sur un texte de « Des Knaben Wunderhorn » (Le cor merveilleux de l’enfant) mettant en scène un épisode de la vie de Saint Antoine de Padoue, en est le parfait exemple. La légende raconte qu’à Rimini, Saint-Antoine avait prêché en vain devant les hérétiques et avait eu plus de succès auprès des poissons. Dans la version de « Des Knaben Wunderhorn », les prêches de Saint Antoine n’aboutissent pas à un miracle, mais restent vides de sens : les poissons demeurent tels qu’ils étaient.
« Des Knaben Wunderhorn » est un recueil de poèmes populaires allemands rassemblés, mais aussi remaniés et réarrangés par les beaux-frères Achim von Arnim et Clemens Brentano au début du 19ème siècle. Profondément imprégnés de l’esprit du romantisme, ceux-ci s’inventèrent une culture populaire idéalisée. Chez Arnim et Brentano, même l’individu le plus mal dégrossi s’exprimerait en sonnets et en alexandrins...
Dans leur version du lied de Saint Antoine, ils s’inspirent du très imaginatif Abraham a Sancta Clara, principal prédicateur de Vienne à la fin du 17ème siècle, dont la statue se trouve aujourd’hui encore au Palais impérial, juste au coin de l’Albertina. Abraham a Sancta Clara sut préserver le moral de la population viennoise confrontée à la peste et aux rigueurs du siège turc de 1683. L’humour et la satire étaient ses principales armes, et il parlait « la langue du peuple ». Les femmes et les Juifs étaient ses grands boucs émissaires pour tout ce qui allait de travers dans le monde...
Le texte de « Des Antonius von Padua Fischpredigt » se trouve dans « Judas Der Ertz-Schelm », un recueil de sermons et poèmes de Sancta Clara paru en 1686.

Fragment uit blz. 393 van ‘Judas Der Ertz-Schelm’
Mahler mit ce texte en musique dès 1893, de manière magistrale, sous la forme d’un tour de valse alternant modes mineur et majeur, tout à la fois joyeux et tragique. Mahler sous-estimait son public lorsqu’il écrivait que rares seraient ceux à voir la satire de l’humanité dans le sermon aux poissons.
Par la suite, il remania sa partition pour en faire le scherzo « In ruhig fließender Bewegung » de sa deuxième symphonie. Luciano Berio reprit ce mouvement intégralement dans sa Sinfonia. Musique sur la musique sur la musique.

Dans l’édition de « Des Knaben Wunderhorn » que Mahler avait en sa possession, on peut voir Saint-Antoine au bord de la rive. Et l’on comprend tout de suite que Mahler se soit identifié à lui.
Regardez ce chef d’orchestre battre la mesure au bord de l’eau...
Il ne lui manque que la baguette. De la main gauche, il contient les violons, de la droite il indique un pizzicato.
Le chef d’orchestre fait de son mieux, mais ce sont autant de perles qu’il jette aux cochons, un coup dans l’eau.
Gerrit Valckenaers
Mahler et les Kindertotenlieder : traumatisme et destin
- posted by festival
- on 07/09/10
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Les « Kindertotenlieder » (Chants sur la mort des enfants) font partie des compositions les plus émouvantes de l’œuvre de Mahler. Mahler compléta le cycle de 5 Kindertotenlieder en 1904 et la première eut lieu le 29 janvier 1905 à Vienne.
Les « Kindertotenlieder » sont basés sur des souvenirs d’enfance traumatisants, et Mahler les composa de façon obsessionnelle. Les textes de ces lieder sont de Friedrich Rückert, qui les écrivit après la mort de ses propres enfants.
La mortalité infantile était globalement encore très forte au dix-neuvième siècle. Cependant, la famille Mahler fut durement frappée par le destin. Pas moins de sept des quatorze enfants moururent en bas âge. De nature sensible, Mahler fut donc confronté très jeune à la réalité de la mort. Celle-ci semblait toujours proche, et enfant déjà, il dut vivre avec l’idée que la souffrance était la règle plutôt que l’exception. Pour comble de malheur, son frère Ernst, dont il était très proche, mourut en 1875. Ernst était son camarade de jeu et son confident. Au cours de la même année, Mahler quitta Iglau pour aller étudier à Vienne. Son père, sa mère et sa petite sœur Léopoldine moururent en 1889. Sur le plan émotionnel, ce fut une année catastrophique pour Mahler. Son autre frère Otto se suicida en 1895. Il en résulte un traumatisme que Mahler devra porter toute sa vie durant.
Le hasard veut qu’il composa le dernier de ces « Kindertotenlieder » pendant l’une des périodes les plus fertiles et heureuses de sa vie : il était marié à Alma Schindler qui lui avait donné deux enfants, il était célèbre à Vienne en tant que directeur de l’Opéra de la Cour Impériale et était devenu un compositeur accompli. En d’autres termes, sa vie n’était que bonheur. Dans cette période heureuse, Mahler composa également la Symphonie n° 6, la symphonie tragique. Celle-ci allait devenir sa composition la plus mélancolique et la plus désespérée.
Etait-ce l’ironie du sort ? L’ampleur des « Kindertotenlieder » commença à irriter Alma Mahler ; elle se demandait désespérément pourquoi Mahler devait chanter la mort des enfants alors qu’il avait lui-même deux enfants en très bonne santé.
Et en effet, le sort frappa. En 1907, sa fille aînée Maria, son enfant préféré, fut emportée par la diphtérie. La même année, on diagnostiqua chez Mahler une affection cardiaque. Cette nouvelle allait faire chanceler sa vie. Plus que jamais, la mort était devenue une réalité inéluctable.
Ce sera un défi de taille pour Champ d’Action, que de traduire les « Kindertotenlieder » en sonorités contemporaines, tout en conservant leur trame tragique et leurs mélodies et textes poignants, toutefois teintés d’espoir, le 11 septembre prochain à 22h00.
Chaim den Heijer
Le vélocipède pour débutant (Gerrit Valckenaers)
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- on 01/09/10
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C’est la première fois que je découvre Vienne à vélo. Et j’ai, douze jours durant, une demi-journée devant moi avant d’aller répéter ou jouer. Je vais enfin pouvoir aller visiter tous ces coins et recoins sur lesquels j’ai dû faire l’impasse lors de mes précédents séjours, parce qu’ils étaient trop loin ou pas suffisamment intéressants.
À Vienne, le vélo a parfois littéralement remplacé les chevaux sur les routes tracées pour eux (comme dans la Ringstrasse), ce qui ne surprend plus que les touristes. Au bout d’une heure à vélo, je constate que le touriste-type a deux caractéristiques : il a un plan de la ville dans la main droite ET marche sur la large piste cyclable sans s’en rendre compte.
Je me demande si Mahler parcourait parfois sa ville à vélo. À l’exposition Mahler du musée du théâtre autrichien, j’apprends que, lorsqu’il était à Hambourg, Mahler avait été l’un des pionniers du vélo. C’est 1895 qu’il découvrit le vélocipède. Dans une lettre enthousiaste au critique Wilhelm Zinne, il écrit : « Velocipedfahrenmüssens innersten Drang beseelt mich! Ich scheine wirklich geradezu für das Rad geboren zu sein und werde bestimmt noch einmal zum Geheimrad ernannt werden » (Je suis tout bonnement possédé par l’esprit du vélocipède. Je semble vraiment être fait pour cela. Qui sait, peut-être pourrais-je adhérer à la Confrérie secrète du vélocipède !)

Ma monture m’amène dans la Mariannengasse, où Mahler mourut, au sanatorium Loew. Beaucoup de grands noms de l’histoire de la musique sont venus mourir dans ce quartier, à l’hôpital ou à l’asile comme Salieri, devenu dément, ou Hugo Wolf, que la syphilis avait rendu fou.
2010 est aussi l’année d’Hugo Wolf. En effet, lui aussi est né en 1860, mais même après sa mort, il reste dans l’ombre de Mahler. Pas « The Wolf Connection » chez nous cette année, ni à Vienne, où il ne fait l’objet que de peu d’attention en comparaison avec Mahler.
Ainsi, si le Palais Lobkovitz consacre une exposition passionnante à Mahler, Wolf doit se contenter de quelques vitrines dans un couloir de la bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Vienne.
Tous les matins, je passe devant le n° 7 de la Margaretenstrasse où, en 1877, logeaient deux gamins de 17 ans promis à un brillant avenir, deux élèves du conservatoire de Vienne, alors hébergé au Musikverein. L’un d’eux était plus discipliné. Il s’appelait Mahler. L’autre, Wolf, fut renvoyé de l’école cette année-là.
Tous deux étaient originaires de régions périphériques de la Kakanie - pardon, de l’Empire austro-hongrois, et tous deux étaient des musiciens de très grand talent. Tous deux étaient des compositeurs de Lieder de génie, et tous deux étaient extrêmement sensibles aux bruits parasites...

Un bouchon d’oreille d’Hugo Wolf, pièce maîtresse de l’exposition Wolf qui se tient actuellement à l’Hôtel de Ville de Vienne...
Mais tandis que l’un d’entre eux occupait, en tant que directeur de l’opéra, la plus haute fonction musicale de l’Empire, l’autre s’étiolait. Pris d’hallucinations, Wolf se présentait comme le nouveau directeur de l’opéra.
Au Musée des instruments de musique de Vienne, une même salle réunit les pianos de Mahler et de Wolf. Ici aussi, le contraste est frappant : si le piano de Wolf est un simple piano droit, celui de Mahler est un magnifique piano à queue Blüthner, cadeau offert à Gustav et Alma à l’occasion de leur mariage en 1902.
Ce musée vient justement d’éditer un CD des enregistrements pour piano mécanique de Mahler, captés sur le Blüthner. C’est la première fois que l’on entend Mahler jouer sur son propre piano. Vous aimeriez en savoir plus ? Écoutez donc les programmes de fin de soirée sur Radio Klara pendant le festival The Mahler Connection...
Gerrit Valckenaers
Voir Mahler et mourir (l’Adagietto, épisode n° 1) Gerrit Valckenaers
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- on 01/09/10
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Louvain, dans les années 80. J’étais étudiant. À l’époque, lorsqu’on voulait explorer l’histoire du cinéma et ses grands classiques, on ne pouvait encore compter ni sur les vidéothèques, ni sur YouTube. À la fac, des affiches rédigées au marqueur indélébile indiquaient le film proposé, le soir venu, dans l’un des amphithéâtres tout proches. La séance coûtait 40 francs. Et l’on pouvait voir au piteux état de la bande projetée qu’il s’agissait bel et bien d’un film culte. C’est là que j’ai vu pour la première fois la « Morte a Venezia » de Visconti, avec Dirk Bogarde dans le rôle du languide Gustav von Aschenbach. Sur les accents de la symphonie n° 5 de Mahler, c’était un homme, une ville, tout un occident qui sombraient.

Le Gustav von Aschenbach de la nouvelle de Thomas Mann « Der Tod in Venedig » lui a sans aucun doute été en partie inspiré par la figure de Mahler. En effet, lorsque Mann décrit von Aschenbach comme un homme élégant, les cheveux coiffés en arrière, le sommet du crâne dégarni, avec des lunettes sans monture et un nez d’une grande noblesse, il est clair qu’il dresse le portrait Mahler. En septembre 1910, Mann avait assisté à l’impressionnante première de la Symphonie n° 8 de Mahler, à Munich. Ce soir-là, il avait dit à son épouse : « C’est la première fois de ma vie que j’ai l’impression d’avoir rencontré un grand homme, vraiment. »
Un mois après la mort de Mahler, Mann entame l’écriture de sa nouvelle. Il y intègre néanmoins divers autres éléments, dont certains autobiographiques, comme sa rencontre avec le jeune Polonais Wladyslaw Moes (le vrai Tadzio) à Venise. Une œuvre qui inspirera à Benjamin Britten – qui n’était pas non plus insensible aux charmes des jeunes garçons – son opéra « Death in Venise », composé à l’automne de sa vie, en 1973. Mais revenons à la « Morte a Venezia » : lorsque le film sortit en 1971, Hollywood voulut immédiatement s’attacher les services de ce Mahler si prometteur. Seul problème : ledit Mahler était manifestement mort depuis 60 ans... Cette anecdote en dit long sur le temps qu’il aura fallu à Mahler pour toucher le grand public. Le film eut un effet « Amadeus » : toute une génération découvrit un compositeur de génie – et fit sienne une série de clichés erronés. Pour beaucoup, Mahler fut indissociablement lié à l’image de l’homme languide et malade. L’Adagietto de la Cinquième devient le symbole du chagrin, d’une atmosphère de fin de siècle, de la souffrance du monde. Bernstein y a beaucoup contribué, en interprétant cette œuvre aux funérailles de Robert Kennedy. L’Adagietto de Mahler et l’Adagio pour cordes de Barber devinrent les lamenti par excellence du 20ème siècle.
Pour Alma Mahler, la Morte a Venezia devait prendre une dimension toute autre. Sa fille Manon contracta la polio en avril 1934. Les autorités vénitiennes avaient tu l’épidémie... Manon Gropius mourut à Vienne, un an plus tard, au terme de beaucoup de souffrance.
Gerrit Valckenaers
Une toute petite note (l’Adagietto, épisode n° 3) Gerrit Valckenaers
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- on 01/09/10
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À l’exposition Mahler, qui se tient actuellement au musée du théâtre de Vienne, dans le palais Lobkowitz, on peut voir un facsimile de la copie qu’Alma Mahler avait réalisée à l’encre pourpre de la Symphonie n° 5. La copie d’Alma était la « Stichvorlage », la version destinée à l’éditeur.
Mahler y apporta encore quelques modifications importantes avant qu’elle parte chez l’éditeur. Ainsi, à l’origine, le cinquième mouvement suivait le quatrième sans interruption. Mais Mahler décida à la dernière minute de supprimer l’« attaca » recopiée de la main d’Alma. Comme je vous le disais précédemment, Mahler a écrit la Symphonie n° 5 alors qu’il était follement amoureux d’Alma Schindler. C’était pour lui une œuvre majeure et, une fois encore, autobiographique. Il avait ajouté à sa propre version de la Cinquième une page de garde, avec une dédicace à Alma : « Meinen lieben Almscherl, der treuen und tapferen Begleiterin auf allen meinem Wegen » (À ma chère petite Alma, la compagne fidèle et courageuse de toutes mes errances). L’Adagietto est, par ailleurs, la seule véritable composition viennoise de Gustav, toutes ses autres œuvres ayant vu le jour pendant ses vacances d’été, loin de la ville. Sur la copie d’Alma, on constate également qu’au début de l’Adagietto, une note a été gommée et remplacée : sur les premières ébauches de Mahler, la septième note du thème principal n’était pas un si bémol, mais un sol.
Cette dernière modification de Mahler était un trait de génie. Sans cela, la mélodie aurait été beaucoup plus banale. Un saut de quarte expressif, au lieu d’une banale note de transition... Cette seule décision donne à l’œuvre une touche chromatique supplémentaire et lui confère le caractère d’un soupir. Et un soupir plus langoureux que mélancolique...

Gerrit Valckenaers
Après le film : Willem (l’Adagietto, épisode n° 2) Gerrit Valckenaers
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- on 01/09/10
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Une nouvelle interprétation peut parfois bouleverser complètement la conception que l’on se fait d’une œuvre ou d’un style. C’est le sentiment que j’ai eu en entendant la Symphonie fantastique de Norrington, le chant grégorien revisité par Marcel Pérès ou la 40ème symphonie de Mozart par Harnoncourt, avec l’orchestre du Concertgebouw…
Le choc fut le même lorsqu’il y a quelques années, j’eus l’occasion d’entendre un enregistrement d’archive de 1926, dans lequel Willem Mengelberg dirigeait l’Adagietto de Mahler. Mengelberg était le plus grand apôtre de Mahler aux Pays-Bas, et son homme de confiance sur place. Ce sont ses interprétations avec l’orchestre du Concertgebouw qui furent à l’origine de la véritable vénération que vouent, aujourd’hui encore, les Néerlandais à l’œuvre du compositeur autrichien. Mengelberg peut, avec Bruno Walter, être considéré comme le chef d’orchestre le plus proche de Mahler. Pour quelqu’un comme moi, alors encore sous le charme de l’Adagietto extrêmement lent de Bernstein, sa vision de l’œuvre fut une grande surprise : la version de Mengelberg faisait près de 5 minutes de moins ! Et les cordes jouaient la mélodie de manière doucereuse, avec des glissandi qui n’étaient pas sans rappeler les accents mélodramatiques du belcanto. Pendant le KlaraFestival, nous vous ferons plus que certainement entendre, dans nos programmes de fin de soirée sur Radio Klara, cette version de Mengelberg. Inouï, comment l’interprétation d’une œuvre peut vous faire voir une icône sous un jour totalement différent. En marge de sa partition, Mengelberg explique ses choix : « N.B. Cet adagietto était la déclaration d’amour de Gustav Mahler à Alma ! » Tant Gustav qu’Alma Mahler avaient confirmé à Mengelberg qu’il s’agissait d’un lied sans paroles, d’une chanson d’amour, et que la mélodie pour cordes s’inspirait de ce texte : « Wie ich Dich liebe, Du meine Sonne, ich kann mit Worten Dir's nicht sagen » (L’amour que j’ai pour Toi, Toi mon soleil, je ne peux te l’exprimer avec des mots). Des vers « guimauve » de la main de Mahler lui-même, qui ne sont heureusement pas chantés, mais s’accordent à la perfection avec la mélodie. Raison pour laquelle Mengelberg fait jouer ses violonistes comme chantaient les chanteurs du début du siècle dernier...
L’Adagietto n’est donc pas un symbole de décadence et de mélancolie, mais le chant d’amour le plus grandiose et le plus intime de Mahler, en fa majeur, écrit à la fin de l’année 1901, alors qu’il était sur le point de se fiancer avec Alma...
Un seul contre-argument, mais de poids : Alma Mahler n’en parle nulle part. Alma Mahler, qui toute sa vie durant étala les œuvres que Gustav Mahler lui avait dédiées, qui harcelait les éditeurs – comme ce fut le cas pour la première édition de la Symphonie n° 8 – pour s’assurer que le titre mentionnait bien son nom. Il est donc étonnant que l’Adagietto, véritable déclaration d’amour, n’ait pas occupé une place de choix parmi ses trophées...

Partition annotée de Mengelberg. À gauche, les paroles « cachées » ; au-dessus, ses annotations.
Gerrit Valckenaers










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